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Le partage de la gouvernance chez Optéos

Publié le : 15 Juin, 2021

Comment favoriser l’expression du potentiel des membres de notre collectif ?

Le statut de coopérative implique la participation des coopératrices et coopérateurs au sociétariat avec un droit de vote égal en assemblée générale. D’un point de vue juridique, il n’y a pas davantage de coopération requise. Le pouvoir légal de la gérante ou du gérant est très central et les manières de décider, d’organiser la coopération et la vie collective, en d’autres termes la gouvernance, peuvent s’avérer pyramidales. Chez Optéos, la culture coopérative conduit à partager la gouvernance. Ce « partage de la gouvernance » est le fruit de la rencontre des « outils de la gouvernance partagée » et du modèle de la stigmergie.

Les modèles de gouvernance partagée

Pour construire le partage d’une gouvernance, on peut puiser dans différents modèles de gouvernance partagée : Université du Nous, Sociocratie, Holacratie, Modèle Z, Gouvernance Cellulaire… Les deux premiers modèles étant les plus connus. Ils ont tous pas mal de choses en commun et apportent des outils pour collaborer, décider et s’organiser. Dans ces modèles le pouvoir s’exerce de manière horizontale, au sens où il n’y a quasiment pas de hiérarchie verticale. Parmi ces outils on trouve l’organisation en cercles dotés de raisons d’être, l’élection sans candidature ou encore la prise de décisions par consentement ou la sollicitation d’avis. Chaque cercle est comme une cellule avec sa fonction propre, l’ensemble des cellules forme un corps cohérent.

Les ingrédients d'une gouvernance partagée - (CC) BY-SA - Université Du Nous

Les ingrédients d’une gouvernance partagée par l’Université Du Nous – (CC) BY-SA – UDN, François Piranda : agrandir l’image.

Qu’est-ce que la stigmergie ?

Le partage de la gouvernance chez Optéos s’inspire également de la stigmergie qui constitue un mécanisme d’intelligence collective permettant une coordination indirecte ne résultant pas d’une décision unique et centralisée. Dans le monde animal cela donne les termitières ou les vols d’oies sauvages. Chez les humains cela permet Wikipédia ou les logiciels libres. Habituellement, chez Optéos, on parle de modèle contributif plutôt que de stigmergie. Ce fonctionnement permet la libre expression des compétences. De manière plus nuancée, les contributions exigent parfois de l’engagement lorsqu’il s’agit de tâches critiques dont l’exécution est nécessaire à la bonne marche de notre coopérative. Quoi qu’il en soit, chacune, chacun choisit de s’investir à l’endroit souhaité. En contrepartie de ces contributions libres, ces personnes se rétribuent de manière transparente sur un budget partagé consultable et accessible à tous les membres, qu’on appelle « budget contributif ». Les contributions doivent être tangibles et partagées, par exemple sur le Wiki ou sur un Trello (qui permet de suivre l’exécution de tâches). Elles favorisent la construction et la vie de la coopérative, notre termitière !

Ces contributions peuvent être pour les entrepreneur·es l’occasion de tester de nouvelles compétences.

Miser sur la richesse des compétences
grâce à la contribution des membres d’Optéos

Historiquement, le modèle contributif a été introduit par Simon Sarazin lorsqu’il a été élu gérant en 2017. Constatant l’adéquation des aptitudes entrepreneuriales aux besoins de la CAE, il a proposé à tout le monde de contribuer au fonctionnement et au développement de la coopérative. Ainsi, actuellement, 15 à 20 entrepreneur·es s’investissent régulièrement dans les pôles (qu’on appelle dorénavant plutôt des « cercles » dans les modèles de gouvernance partagée) pour l’accompagnement, l’animation des ateliers, la communication ou pour la vie coopérative. Ces contributions peuvent être pour les entrepreneur·es l’occasion de tester de nouvelles compétences. Depuis 2017, ce modèle fonctionne et a permis de relancer et de développer la coopérative.

Le partage de la gouvernance chez Optéos (par Ch. Barron)

Le partage de la gouvernance chez Optéos, dessin de Christophe Barron : agrandir l’image.

Faire face au besoin de structuration
grâce aux outils de gouvernance partagée

Entre 2017 et 2020, le chiffre d’affaires d’Optéos a été multiplié par trois. La charge de travail en matière de gérance et de fonctionnement a en conséquence beaucoup augmenté. Cette très forte croissance a généré de nouveaux besoins en termes de structuration. Aussi, en 2020, avons-nous commencé à adopter des outils de partage de la gouvernance issus des modèles de gouvernance partagée. La création d’une cogérance et d’un Cercle d’Orientation, pour décharger le gérant du poids de décider souvent seul, sont les évolutions les plus récentes allant dans le sens du partage de la gouvernance. L’élection sans candidature a permis de nommer Séverine Romanowski à la cogérance en septembre 2020, ainsi que les représentantes et les représentants des cercles (ou pôles) au Cercle d’Orientation.

L’exemple du Pôle Accompagnement

Le fonctionnement du Pôle Accompagnement permet d’illustrer la combinaison des différentes formes de partage de la gouvernance. Ce pôle s’est d’abord développé à partir des initiatives et de l’investissement des entrepreneur·es selon la logique du modèle contributif. Aujourd’hui, les outils de partage de la gouvernance ont permis de structurer ce pôle sur le modèle d’un cercle, avec une raison d’être, des redevabilités (tâches pour lesquelles on doit rendre des comptes) et des fiches rôles précisant les missions de la ou du référent-accompagnateur sur un mode pair à pair. A chaque nouvelle entrée d’une nouvelle ou d’un nouveau coopérant, une élection sans candidature permet de désigner celle ou celui qui l’accompagnera. Face à un problème, une ou un référent-accompagnateur peut solliciter l’avis des autres membres du cercle puis retenir la décision qui lui semble la plus juste. Pour leur contribution, les entrepreneur·es-salarié·es du pôle reçoivent une rétribution.

Avec les outils de gouvernance partagée on produit de la structuration et de la légitimation à agir via des rôles et redevabilités.

Quelques enjeux de réussite de l’expérience…

Le partage de la gouvernance chez Optéos fait se rencontrer une culture du « faire librement », suivant le modèle stigmergique, basée sur la confiance dans la prise en charge des tâches importantes, et une culture du « décider d’abord, avant de faire » où les rôles et l’affectation de responsabilités sont prédéfinis et les personnes nommées pour les réaliser. Le modèle stigmergique demande du lâcher-prise, de la confiance, il laisse tout le monde libre d’agir ou non. Avec les outils de gouvernance partagée on  produit de la structuration et de la légitimation à agir via des rôles et redevabilités. En général, les entrepreneur·es travaillant dans l’innovation numérique se familiarisent plus facilement avec la liberté laissée par la contribution. Pour d’autres, l’acculturation pour se sentir légitime à agir sur le mode de la contribution peut être longue.
Mais cela fonctionne globalement car les deux logiques s’appliquent à deux niveaux différents : les outils de gouvernance partagée s’appliquent à la structure, la contribution quant à elle fait vivre la structure.

Globalement, nous cherchons à construire un modèle de gestion stable où chacune des composantes de notre coopérative reste impliquée et où les risques de centralisation du pouvoir sont limités.

Un autre enjeu est de continuer à faire vivre la contribution sans qu’elle ne soit absorbée par le côté plus structurant de la gouvernance partagée. Il s’agit en d’autres termes de maintenir la libre initiative et l’innovation qui peuvent plus facilement naître du modèle contributif. Le ratio salarié·es / nombre d’entrepreneur·es reste très réduit. Il y a actuellement 3 personnes salariées pour environ 90 entrepreneur·es. La croissance d’Optéos nous a conduit récemment à ouvrir ce troisième emploi de salarié. L’équivalent du coût de deux ou trois postes en salariat est affecté au budget contributif. Globalement, nous cherchons à construire un modèle de gestion stable où chacune des composantes de notre coopérative reste impliquée et où les risques de centralisation du pouvoir sont limités.

Combiner ces deux modèles, gouvernance partagée et contribution, fonctionne parce que la taille de la coopérative fait qu’on se connaît toutes et tous plus ou moins. La croissance importante du nombre d’entrepreneur·es chez Optéos ces dernières années peut à ce titre interroger. La question de la croissance d’Optéos est régulièrement posée.

Tout cela pour quel impact ?

Le partage de la gouvernance et le libre engagement dans certaines tâches sont porteurs de sens, ils contribuent à une ambiance de coopération, à une interconnaissance et à un environnement favorable pour se tester dans une activité. Dans une CAE, on pourrait ne jamais se croiser. Chez Optéos, on se connaît, on travaille ensemble, on est accompagné par des pairs, on connaît les compétences de nos collègues. Ceci crée des liens forts, des interconnexions et favorise la coopération.

Ensemble, nous formons une structure vivante, évolutive, dynamique.

La gouvernance d’Optéos évolue au gré des compétences, des élans et des disponibilités des membres. La liberté d’entreprendre et de proposer une amélioration du fonctionnement offre un environnement qui stimule la créativité et favorise l’éveil des potentiels.

Le modèle génère de la satisfaction. Beaucoup disent que ce fonctionnement contribue à leur motivation à coopérer chez Optéos. Ce modèle est à l’image des coopératrices et des coopérateurs, de leurs compétences, de leurs élans et de leurs disponibilités. Ensemble, nous formons une structure vivante, évolutive, dynamique qui favorise l’expression du potentiel des membres de notre collectif.

Aller plus loin

Quelques références…

L’Université du Nous : c’est tout un monde à découvrir, à rencontrer.
C’est un parcours singulier de pionnier·es du faire-ensemble, du sensible, du commun.
C’est une poignée d’utopistes engagé·es, fougueux·ses, convaincu·es d’un possible « autre demain ».

L’Instant Z : Nous pensons que pour relever les défis qui attendent l’humanité et construire un avenir enviable, nous devons réinterroger et faire évoluer la façon dont nous pensons et nous organisons…

La Gouvernance Cellulaire : Permettre à chaque personne, aux projets et aux organisations de manifester le pouvoir créateur qui les anime dans l’exercice de leurs responsabilités avec humanité…

Lilian Ricaud : Comment coopérer en utilisant la stigmergie ? Cela fait plusieurs années que je travaille sur un ouvrage consacré à ce sujet. Plutôt que d’attendre la sortie d’un travail entièrement finalisé, je lance aujourd’hui un site pour laisser des traces en partageant régulièrement l’état des mes travaux…

 

 

Entreprendre avec les communs

Optéos propose un accompagnement spécifique pour les entrepreneurs qui développent des activités économiques autour des “communs” (plateformes coopératives, connaissance partagée, logiciel et matériel libre et open-source, makers, tiers-lieux, etc.). + En savoir plus

Un article proposé par :

<h4><a href="https://www.opteos.fr/author/christophe-barron/" target="_self">Christophe Barron</a></h4>

Christophe Barron

Christophe Barron accompagne les personnes et les groupes dans leur déploiement pour vivre la joie d'être soi et d'agir ensemble.
Il propose des formations, des ateliers et des accompagnements collectifs et individuels.
Le partage de la gouvernance, les pratiques restauratives et la communication bienveillante, les dynamiques de groupes et l'intelligence collective constituent quelques-uns de ses sujets de prédilection.

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