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Renouveler la démocratie avec l’élection sans candidature

Publié le : 22 Oct, 2020

Ce processus permet de décider par consentement qui prendra la responsabilité d’un rôle.

Celles et ceux qui ont participé à la pré-AG du 10 septembre ou à l’AG du 23 septembre 2020 ont assisté à l’élection de Séverine Romanowski, notre nouvelle cogérante, et de Franck Nirpot comme représentant des associé.es au Cercle d’Orientation… ni l’une ni l’autre ne s’étaient pourtant portés candidats !

C’est le principe de l’élection sans candidature (ESC) : partir des besoins – quant au rôle à remplir – puis dans cette optique établir des critères de choix et chercher « une bonne personne ». On dit à tour de rôle pour qui on vote et pour quelles raisons on choisit telle personne. Lors d’un second tour, il est possible de changer son vote. Ensuite, une candidate ou un candidat qui a émergé au second tour est proposé au consentement (cela consiste à vérifier s’il y a des objections). Ce n’est pas forcément celle ou celui qui avait le plus de voix.

Un équilibre entre horizontalité et verticalité

La volonté de procéder ainsi au sein d’Optéos a été impulsée par Simon Sarazin, gérant, qui voulait remettre en jeu son rôle par ce type d’élection et par moi-même, lorsque j’ai proposé d’adopter ce processus pour élire les référentes et référents pour les CAPE et CESA. Ainsi, le Pôle Accompagnement Formation utilise une procédure simplifiée d’élection sans candidature depuis 6 mois.

L’élection sans candidature est l’un des outils importants proposés pour la gouvernance partagée. L’ESC apporte de l’horizontalité dans son processus : un groupe choisit en son sein une personne qui peut remplir un rôle dont il détermine la raison d’être, le mandat, les redevabilités car elle leur semble remplir au mieux les critères définis. La personne choisie peut être souveraine de part son mandat dans un domaine et donc ne pas avoir à consulter celles ou ceux qui l’ont élue, en cela il y a de la verticalité et de l’efficacité.

Être élu·e sans s’y attendre !

Cette façon de faire bouscule bien des habitudes : pas de candidature donc pas (ou bien moins) d’enjeux de pouvoir. Le pouvoir s’exerce via des rôles et non des personnes. Les personnes et les rôles étant dissociés, on évite les mandats à rallonge. C’est aussi la possibilité d’être élu·e sans s’y attendre, sans s’y être préparé·e ! On a tout de même l’espace pour refuser… ou accepter en se ralliant aux arguments des votants.

L’ESC implique une forme de lâcher prise. On choisit « une bonne personne », pas forcément celle qui aurait voulu être candidate, pas forcément « la meilleure » personne (si cela a un sens), sans compter qu’habituellement, on ne vote que pour des personnes présentes. Ce choix se fait par consentement, donc, comme nous le disions plus haut, ce n’est pas forcément celle ou celui qui a le plus de voix. Le choix se fait à partir de ce qu’on connaît des personnes, quelqu’un pourrait trouver à redire…

En pratique ça donne quoi ?

 

Adapter l’ESC à ses besoins

Toutefois, l’élection sans candidature n’est pas un dogme, de même que la gouvernance partagée. A chaque organisation de trouver sa gouvernance, d’adapter les outils tels que l’ESC à ses besoins, à sa culture, à ses contraintes. Ainsi, au sein du Pôle Accompagnement Formation, la procédure a été simplifiée pour le choix des référent·es. On a décidé qu’à l’issue du deuxième tour de vote, s’il y a une personne qui a une majorité de vote, alors c’est elle qui est élue. On ne passe par un consentement que s’il y a égalité.

Par ailleurs, au sein d’Optéos, l’élection sans candidature ne sera pas l’unique mode de désignation de personnes pour prendre certaines responsabilités. Ainsi, gérantes et gérants restent officiellement élus lors de l’AG avec un scrutin majoritaire « habituel », l’élection sans candidature ne permet que de proposer par consentement, en amont de l’AG, la candidate ou le candidat à l’élection.

Une révolution culturelle en douceur

En ce qui me concerne, j’aime apporter à certaines organisations que j’accompagne cet outil de l’élection sans candidature car j’y vois des vertus intéressantes, de la pertinence. Ainsi, avec des personnes qui ont une faible confiance en elles-mêmes (comme des personnes éloignées de l’emploi), le fait d’exprimer les motivations de son vote contribue à les renforcer, à accepter leur image, à accepter ce qu’elles portent et inspirent aux autres. Plus généralement, je sens que cet outil et la gouvernance partagée constituent une révolution culturelle en douceur dont notre société a vraiment besoin.

Prochainement, les Pôles vont pouvoir élire leurs représentantes et représentants au Cercle d’Orientation suivant ce processus. La pratique va donc pouvoir se diffuser au sein d’Optéos et peut-être devenir une part de son identité.

Pour aller + loin

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Un article proposé par :

<h4><a href="https://www.opteos.fr/author/christophe-barron/" target="_self">Christophe Barron</a></h4>

Christophe Barron

S'intéresse aux questions de gouvernance depuis une vingtaine d'années. Depuis son entrée chez Optéos en 2019, il accompagne notamment des groupes dans leur transition vers la gouvernance partagée.

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