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Entrepreneuriat collectif

Connaissez-vous l’histoire d’Optéos ?

Publié le : 11 Mai, 2022

Née en 2010, notre coopérative Optéos aura bientôt 13 ans. Adolescence oblige, elle est en pleine croissance depuis environ trois ans et se pose bien des questions sur son avenir !

Depuis ses débuts, Optéos se cherche, s’invente et se réinvente collectivement, au gré des entrées et sorties des entrepreneur·es qui la composent. Ayant accueilli 60 % de ses membres actuels à partir de 2020, Optéos grossit, se structure, mûrit et affirme sa singularité dans l’univers des CAE. Mais pour savoir vers où aller, il est parfois nécessaire de revenir au point de départ…

Le contexte : petite coopérative deviendra-t-elle grande ?

C’est dans cet état d’esprit que le 17 mars dernier a eu lieu une journée réunissant les entrepreneur.es et l’équipe support d’Optéos dans le but d’échanger au sujet de l’avenir d’Optéos. Pour permettre à chacun·e de mieux connaître la structure, il a d’abord été proposé de composer une fresque participative revenant sur l’histoire de la coopérative, à partir de la mémoire et du vécu de chacun·e des participant·es. Le présent article est issu de ce travail collectif, complété par quelques entretiens : il laisse une large place aux subjectivités et ressentis des entrepreneur·es d’Optéos.

Christèle, Coline & Christophe, Fresque participative sur l'histoire d'Optéos

Christèle Rosinet et Coline Mayné apportent leurs contributions à la fresque collaborative proposée par Christophe Barron et Nathalie Grassart, le 17 mars 2022 au Moulin de Wazemmes, Lille.

2010 : la naissance d’Optéos

Comme l’indique Martine Hamille, qui est l’une des trois personnes fondatrices d’Optéos à être encore présente dans la CAE aujourd’hui (avec Franck Nirpot et Yann Lemort), Optéos est née de l’union de onze entrepreneur·es issu·es de « Graines d’affaires », une précédente CAE qui a mis la clé sous la porte en juillet 2010.

Séduit·es par le modèle de la CAE qu’ils et elles avaient pu expérimenter durant quelques années, ces entrepreneur·es ont donc décidé de recréer immédiatement un cadre coopératif pour leurs activités. Pour indiquer qu’ils ne se laissaient pas abattre par la faillite de la précédente CAE, le nom « Optéos » est inventé par le collectif pour croiser la notion d’optimisme avec le nom de la déesse grecque de l’aurore ou du soleil levant, Eos. Le siège est alors situé à Coudekerque et le financement d’un club Cigales aide au démarrage du projet. C’est ce que rappelle Stéphanie Lamarche-Palmier, entrepreneure arrivée chez Optéos en 2020 mais qui faisait partie de ce club Cigales à l’époque, et qui exprime le respect et la curiosité ressentis alors face à ce groupe de fondateur·trices déterminé·es. Il est à noter que, dès ses débuts, Optéos se fait également reconnaître comme organisme de formation.

Fresque collaborative sur l'histoire d'Optéos

Autour de la fresque, beaucoup découvrent les premières années de la vie d’Optéos, notamment grâce à la présence de Martine Hamille qui a fait partie du collectif d’entrepreneur·es à l’origine de la création de la CAE.

2010 – 2016 : Une « enfance » turbulente

Dans ses premières années, Optéos se développe bien et atteint assez vite le nombre de 30 à 40 entrepreneur·es. Elle rejoint Lille et emménage à Euratechnologies. En 2014, alors que la loi Hamon sur l’ESS installe durablement les coopératives dans le champ de l’économie sociale et solidaire, Optéos continue son bout de chemin. Mais en 2015, il semble que le vent d’optimisme tourne à la bourrasque : Optéos voit la démission soudaine de sa gérante suite à une Assemblée Générale tumultueuse. Cela se produit qui plus est à un moment où la coopérative vient de changer de système informatique pour sa comptabilité : changement brutal qui compliquera considérablement le travail des gérances suivantes.

Suite au départ de la gérante (puis de sa successeuse qui avait été désignée dans l’urgence mais qui n’est pas restée longtemps), la majeure partie des entrepreneur·es quittent le navire. Mais une dizaine d’irréductibles décide de ne pas laisser couler la CAE. Seul William Broc, encore en CAPE, propose de reprendre la gérance : il sera alors secondé par Martine Hamille. Ensemble, il et elle recrutent Patricia Ampen, à la rescousse de la comptabilité. Lorsqu’elle arrive dans la CAE en mars 2016, Patricia parle à la fois « d’une joie et d’une découverte du modèle coopératif», mais aussi d’une « énorme charge du travail ». C’est peu de le dire ! Se retroussant les manches, aidée par le noyau dur des entrepreneur·es restant·es, elle s’attelle donc à la longue et lourde tâche de remettre d’aplomb la comptabilité de la CAE : il faudra encore 2 exercices pour redresser complètement la barre.

Patricia à la rescousse de la compta !

Patricia Ampen, embauchée en mars 2016, travaille d’arrache-pied pour remettre la comptabilité de la CAE sur les rails. Lille Bois Blancs, 2016. Photo : Optéos.

C’est alors qu’arrive chez Optéos un certain Simon Sarazin. Ingénieur Télécom de formation,  Simon se définit comme « contributeur au sein de « communs » ». Déçu suite à son passage par une autre CAE à travers laquelle il avait co-porté une Coopérative Jeunesse de Service (CJS) à Boulogne-sur-Mer, il essaie alors de développer le tout nouveau projet KPA-Cité sur Roubaix. Bien au fait de l’écosystème local de l’ESS, Simon entend alors parler d’Optéos. Il raconte : «  Nous avions besoin d’une structure pour porter notre projet. Je les rencontre et ça colle bien car c’est une petite CAE, qui plus est dans l’innovation sociale et numérique, même si le monde d’Euratechnologies, où Opteos est hébergée, est assez éloigné de ce en quoi je crois en terme d’innovation…». Personne ne se doute alors de l’importance que Simon prendra bientôt dans l’histoire d’Optéos !

Simon Sarazin et Marion Rousseaux, à l'origine du dispositif KPA-Cité

Simon Sarazin et Marion Rousseaux en grande réflexion sur le développement du projet KPA-Cité… Photo : KPA-Cité.

2016 : un renouveau qui sème la graine des Communs

Le 1er décembre 2016, Simon Sarazin rejoint donc Optéos avec d’autres entrepreneur·es engagé·es dans le projet KPA-Cité. Mais pas seulement ! En effet, Simon est  aussi engagé à  l’ANIS-Catalyst, une association lilloise d’innovation sociale et numérique, dans le tiers-lieu la Coroutine, sur des plateformes contributives comme MoviLab ou encore dans l’Assemblée des Communs de Lille. Ce collectif informel, alors naissant, rassemble divers travailleur·ses indépendant·es qui – notamment sous l’impulsion de penseurs comme Michel Bauwens, Bernard Stiegler ou Elinor Ostrom (prix Nobel de l’économie sur les communs) – veulent promouvoir localement les pratiques contributives et les initiatives collectives réunies sous la bannière des « Communs ».

ça bosse dure à l'Assemblée des Communs

Le collectif « construisant dans l’action l’Assemblée des Communs », Lille, février 2016, archive du site https://lille.encommuns.org/assemblees-des-communs-de-lille/

Définition : Un commun est une ressource gérée collectivement par une communauté. Celle-ci établit des règles et une gouvernance dans le but de préserver  et pérenniser cette ressource.

Source : lescommuns.org

Renouvelant « l’optimisme au soleil levant » par son naturel enthousiaste et confiant, Simon appelle ses différent·es partenaires et collègues à rejoindre l’aventure Optéos.

Christian Dupuy, alors membre de l’Assemblée des Communs, se souvient encore des termes de son invitation : « Viens chez Optéos, il y a tout à faire ! ». Hébergeant alors ses activités de communication dans une autre CAE dont la gouvernance ne lui donne pas satisfaction, Christian se laisse vite convaincre et rejoint à son tour Optéos. C’est aussi à ce moment-là qu’arrive Benjamin Danon, « artisan du web » à Calais. Ils seront bientôt rejoints par d’autres entrepreneur·es aux profils et métiers divers qui sont intéressé·es par cette mouvance des Communs et /ou qui ont déjà une certaine « culture de la contribution » au sein d’autres collectifs.

Christian évoque ses souvenirs chez Optéos

À son tour, Christian Dupuy partage les moments mémorables qu’il a vécu chez Optéos. Journée Optéos du 17 mars 2022 au Moulin de Wazemmes, Lille

 

2017 : au pied du mur, le grand virage

Mais début 2017, c’est le coup de massue : les entrepreneur·es découvrent que la CAE est de nouveau au bord de la faillite, du fait des difficultés induites par le changement précipité de gérance qui se font sentir sur la gestion financière, celle-ci n’ayant pas encore pu être complètement reprise en main. Christian se rappelle alors sa stupéfaction devant un « clash » qui oppose le gérant de l’époque à un membre de l’URSCOP puis à d’autres entrepreneur·es de la CAE. Mais la surprise est surtout au niveau comptable, comme le raconte Simon Sarazin : « On apprend que la coopérative va vers un résultat négatif, que la tréso est très basse. En gros, si on doit payer tous les entrepreneur·es, il y a un trou de 45 000€. Les cogérants souhaitent arrêter. » Pour Simon, à ce moment-là, l’analyse est claire : « Soit on reprend, soit ça ferme, et on perd nos trésos et la CAE, alors qu’on avait des projets plein la tête et aucune solution en terme d’autre CAE adaptée à nos projets dans les Hauts-de-France ! ». Comme le rapporte Martine Hamille, c’est la deuxième fois en quelques mois que les entrepreneur·es doivent se mobiliser pour sauver la CAE : « On a peur d’y laisser des plumes, mais on a envie de continuer le combat, de pas lâcher. Moi je me dis : on n’a pas fait tout ça pour rien ! C’est pas le fric qui nous motive, c’est le sens humain, la solidarité entre nous ».

Avec l’appui de Christian Dupuy et Yann Lohr, Simon propose alors de reprendre la gérance d’Optéos. Il raconte : « Au début, j’ai fait une année complètement bénévole : la CAE n’avait plus d’argent donc pas le choix. J’ai rédigé un projet qui parlait de ce qu’Optéos pourrait devenir et qui était assez clair. Je crois qu’on me fait confiance à ce moment-là parce qu’il n’y a pas d’autres solutions ! Cela me permet de mettre en place les choses petit à petit. »

Dans ce projet « pondu » en urgence (mais fruit de la maturation d’années d’expériences dans les Communs !), on trouve déjà plusieurs éléments qui deviendront caractéristiques d’Optéos : la mise en place d’un accompagnement entre pairs favorisant l’entraide et l’autonomisation des entrepreneur·es, une spécialisation sur la question des travailleur·ses des “Communs” et des plateformes numériques coopératives, et enfin la mise en place d’un fonctionnement contributif permettant à chacun·e d’aider, avec ses compétences, au développement de la structure.

En juillet 2017, malgré toutes ces péripéties et grâce au portage initial de l’ANIS, Simon Sarazin et Marion Rousseaux concrétisent le lancement du 1er KPA-Cité, alias La Cape, dans les locaux de la Condition Publique à Roubaix.

Semaines après semaines, grâce à l’implication de tous·tes les entrepreneur·es, cumulée au travail colossal fourni par Patricia Ampen à la comptabilité,  la CAE redresse peu à peu la barre. À ce moment-là, Simon va aussi chercher des soutiens extérieurs, notamment un soutien financier via l’investissement de deux Clubs Cigales et de particuliers, ou encore via une subvention de la Fondation de France. Il s’agira aussi d’aller chercher du soutien technique à l’URSCOP et du soutien opérationnel via un DLA qui se concrétise par 5 jours de conseils cruciaux et de partage de ressources auprès d’une autre CAE culture et numérique, Artefacts. Tout ce travail permettra finalement à la CAE de regagner la confiance des financeurs publics, et en particulier de la Région.

Sortie d’affaire, Optéos prend alors conscience qu’elle s’est renouvelée en profondeur et même renforcée dans l’épreuve. Martine commente : « Grâce à Simon, ça a été un renouveau démocratique, il a insufflé un esprit vraiment coopératif dans la CAE, notamment avec la contribution. Même si cette période a été très difficile, aujourd’hui je suis ravie de ce qu’on est devenus ! ».

Dominique Hébert, Claire-Marie Mériaux et Laurent Chedanne en plein échange

Dominique Hébert, Claire-Marie Mériaux et Laurent Chedanne en plein échange : bel exemple de trois entrepreneur.es ayant rejoint la coopérative en raison de son inscription dans les dynamiques des Communs. Journée Optéos du 17 mars 2022 au Moulin de Wazemmes, Lille.

2018-2019 : « Viens, on va construire la CAE de nos rêves ! »

La nouvelle gérance installée, le ton est donné et les chantiers nombreux. Les années 2018 et 2019 voient l’arrivée d’une vague d’entrepreneur·es proches de la mouvance des Communs et/ou impliqué·es dans les dynamiques des tiers-lieux, des transitions ou du numérique libre. Parmi ceux et celles-ci citons, toujours dans un joyeux désordre : Julien Lecaille, Charlotte Filibien, Benoît De Haas, Émilie Bouvier-Gissot, Pierre Wolf, Claire-Marie Mériaux, Pierre Trendel, Maroin El Dandachi, Sébastien Plihon, Séverine Romanowski, Christophe Barron, Dominique Hébert, Cyril Libert… ou encore Florent Kaisser qui va lancer lille.bike et ainsi impliquer Optéos dans différentes activités économiques liées au vélo.

Laurent Chedanne, formateur et facilitateur est arrivé dans la région lilloise en 2019 et dans la coopérative en 2020. Il décrit très bien sur son blog professionnel sa découverte de l’écosystème local des Communs au centre duquel se trouve aujourd’hui la CAE. Il synthétise sa compréhension dans la vidéo ci-dessous, en prenant appui notamment sur la formation « S’impliquer dans les projets ouverts à la contribution » proposée en interne à Optéos par Benoît de Haas de la Cie des Tiers-Lieux.

 Rejoignez l’écosystème des Communs de la Métropole de Lille, vidéo de Laurent Chedanne réalisée à partir d’un diaporama de Benoît de Haas.

Mais Optéos attire aussi d’autres entrepreneur·es, s’inscrivant notamment dans les domaines de la communication, du bien-être, du coaching et des RH. S’ils et elles découvrent souvent complètement ce type de fonctionnement collectif à leur arrivée dans la structure, ces nouvelles recrues se mettent bien vite au diapason en devenant également d’important·es contributeurs et contributrices. Parmi celles-ci, citons par exemple Laurène Cabaret, Christèle Rosinet, Valentine Lecomte ou encore Carine Mandère. Cette dernière, amusée, se souvient : « On m’avait dit : dépêche-toi si tu veux rentrer chez Optéos, car ils veulent rester une petite CAE, il n’y aura bientôt plus de place ! ». Pourtant, quelques années plus tard, l’effectif aura quasiment doublé…

À partir de 2018, Optéos devient peu à peu un terrain d’expérimentation sociale mêlant différents principes d’action (stigmergie, sociocratie et coopérativisme). La CAE, en plus d’assurer ses fonctions principales de portage et d’accompagnement des entrepreneur·es, devient aussi pour ses membres les plus actif·ves un espace dans lequel « tester grandeur nature » les idées développées dans le cadre de précédentes expériences.

Chez Optéos, tout tourne rond !

Schéma de la gouvernance partagée chez Optéos. Réalisation : Laurène Cabaret, 2022.

Dès 2019, la gouvernance d’Optéos se structure en pôles thématiques, qui deviendront ensuite, à partir de 2021, des « cercles »  plus structurés selon les principes de la sociocratie. Les rétributions se mettent en place pour les contributeurs et contributrices, l’accompagnement entre pairs et la formation interne sont opérationnelles. Une fois encore, cette dynamique est le fruit de l’engagement des membres de la coopérative aux compétences complémentaires. Citons par exemple Charlotte Filbien, qui dès 2018 fournit son aide sur le volet accompagnement, Benjamin Danon à qui la CAE doit une partie de son outillage numérique, ou encore Laurène Cabaret qui sera d’un grand secours sur le volet administratif, l’accompagnement entre pairs et l’accueil des nouveaux et nouvelles entrepreneur·es. Pour permettre aux membres de la coopérative de se rencontrer, se soutenir et échanger, les journées mensuelles d’Optéos sont mises en place et se perpétuent, tous les 3ème jeudis du mois. En parallèle, le site Internet et le blog de la CAE se déploient, grâce aux membres du Cercle Com’ et en particulier au travail d’édition web de Franck Nirpot, par ailleurs représentant des associé·es et contributeur polyvalent.

Une nouvelle salariée, Fatima Karnouch, arrive alors pour renforcer l’équipe support : soulagement général ! D’abord à mi-temps, Fatima passera rapidement à 3/4 temps, se spécialisant notamment dans la gestion des notes de frais des entrepreneur·es.

Pendant ce temps, le projet KPA-Cité essaime au niveau régional puis national et des marques collectives émergent par métiers au sein de la coopérative : Lille Bike, la Bici, Com’ une idée, Kartier Libre ou encore Moodita… D’autres marques ou collectifs, déjà créés, décident de rejoindre Optéos pour développer leurs activités : c’est le cas d’Indie Hosters, de Pâquerette, de la Compagnie des Tiers-Lieux, ou encore du collectif de journalistes La Friche.

À l’été 2020, Séverine Romanowski, déjà membre et contributrice de la CAE depuis 2018, est élue à sa grande surprise comme co-gérante d’Optéos suite à une élection sans candidat animée par Christophe Barron. Pour de nombreux·ses entrepreneur·es, cette élection constituera un moment fort de la vie de la structure et un symbole en acte de sa gouvernance « réellement » partagée.

Il semblerait que contribuer activement à la gouvernance de sa structure renforcerait fortement le sentiment d’appartenance ! Journée Optéos du 17 mars 2022 au Moulin de Wazemmes, Lille.

2020 : Une coopérative en pleine effervescence !

Alors que la crise du Covid-19 est un coup dur pour nombre d’entrepreneur·es et d’entreprises, Optéos s’en tire plutôt bien dans l’ensemble, notamment grâce au travail mené par la cogérance et l’équipe support pour permettre aux entrepreneur·es salarié·es d’avoir accès au chômage partiel. Mieux, la CAE continue d’être attractive et d’accueillir, à la sortie des confinements, de nouveaux et nouvelles entrepreneur·es, dont beaucoup s’impliquent immédiatement dans la vie de la structure.

En parallèle, des outils numériques de communication, de gestion et de stockage de données (Gyroscop, Rocket chat, suite Nuage Liiibre de Indie Hosters…) sont peu à peu mis en place en interne, notamment grâce aux compétences du Cercle Tech qui réunit des développeurs et informaticiens à la pointe du numérique libre.

En mars 2020, Séverine Jacob, céramiste entrepreneure chez Optéos via la marque Seija, se voit remettre le prix de l’Institut Ranstand dans la catégorie Art/Artisanat. En avril de la même année, un cobuget est expérimenté pour la première fois chez Optéos : il permet aux entrepreneur·es de voter le financement de projets collectifs émanant des membres de la  coopérative et ainsi de redistribuer une partie du résultat de la coopérative.

Surtout, les coopérations internes continuent de se multiplier : sous-traitance entre entrepreneur.es, réponses communes à des appels d’offres, création de marques collectives et contributions aux marques ouvertes hébergées chez Optéos sont autant de modalités qui se déploient pour permettre aux entrepreneur·es de travailler ensemble, que ce soit ponctuellement ou de manière durable.

De plus en plus d'éléments sur la fresque !

Plus on avance dans les années, plus les souvenirs de moments marquants sont nombreux ! Logique, puisque 95 % des entrepreneur·es d’Optéos ont rejoint la coopérative il y a moins de 5 ans. Journée Optéos du 17 mars 2022 au Moulin de Wazemmes, Lille.

2021-2022 : Renforcer la structuration et développer la vie coopérative

En 2021, Optéos clarifie ses process internes grâce à un travail de design de service réalisé par Pierre Trendel et présenté lors d’une belle pré-AG qui aura lieu au Cube à Tourcoing. De son côté, le cercle d’orientation travaille à la formulation de la « raison d’être » d’Optéos qui est  à la fois la traduction de son « pourquoi » et une boussole guidant les décisions et garantissant la cohérence entre les différents cercles.

« Nous construisons un cadre économique et social sécurisant qui réunit des personnes explorant des modèles innovants de création de valeur et de travail. Ces modèles s’inspirent et génèrent de la coopération et des communs. »

Raison d’être d’Optéos, formulée en mai 2021.

Pierre Trendel présente son travail de design de service

Lors de la pré-AG de juin 2021 qui s’est tenue au Cube à Tourcoing, Pierre Trendel présente son travail concernant les différentes étapes du parcours entrepreneurial chez Optéos. Photo : Christian Dupuy.

En mai 2021, Charles De Waele est embauché pour rejoindre l’équipe support en tant que gestionnaire RH : un vrai souffle pour Patricia et Fatima qui doivent désormais gérer l’administratif et la comptabilité de près de 150 entrepreneur·es, dont environ la moitié en contrat CAPE… Le boom de la CAE se traduit dans les chiffres d’affaires cumulés des entrepreneur·es : d’environ un million d’euros en 2020, Optéos passe à deux millions d’euros en 2021 !

En fin d’année, afin de permettre à l’équipe support et aux contributeur·trices du Cercle accompagnement d’absorber sereinement la charge de travail, Optéos décide de freiner les demandes d’entrées en se limitant à deux nouvelles recrues par mois. Optéos, désormais reconnue parmi les CAE qui innovent au sein de l’ESS régionale, serait-elle quelque peu dépassée par son succès ?

En parallèle, six différentes CAE de la région se fédèrent à travers la création d’un collectif inter-CAE qui organise avec succès sa première journée de rencontres le 19 novembre 2021, au Bazaar Saint-So, notamment grâce à l’implication de nombreux·se entrepreneur·es d’Optéos. De même, au niveau national, Simon Sarazin intègre le conseil d’administration de la Fédération des CAE pour, comme il l’explique, « aller porter les enjeux de mutualisation entre CAE, les pratiques du pair à pair et la gouvernance contributive expérimentées dans la coopérative ».

À la demande d’entrepreneur·es ayant récemment rejoint la coopérative, notamment Armelle Sémont, Guillaume Delporte et Baptiste Ozeel, un Cercle vie coopérative est créé en août 2021 pour faciliter l’intégration, l’interconnaissance et l’implication des entrepreneur·es. Porteur de divers projets destinés à animer la vie interne de la coopérative et à en renforcer la transparence, le cercle accueille différentes « bulles » qui développent des projets plus précis. Par exemple une « bulle santé au travail » propose depuis peu des ateliers et des temps de sensibilisation visant à informer et à prévenir les risques professionnels et psycho-sociaux.

Ou bien encore, via le Cercle « Vie Coop’ », trois entrepreneures (Laurène, Christèle et Valentine) se mobilisent actuellement pour proposer à tous les membres des sessions « FAQ cogérance » pour mieux cerner les enjeux et le déroulé de l’élection sans candidat (ESC) prévue en juin pour choisir le ou la successeur‧e de Simon. En effet, ce dernier, soucieux du renouvellement démocratique de la structure, « laisse la place » à la cogérance après cinq années de services. L’idée serait que le collectif parvienne à renouveler régulièrement la cogérance et que la transmission de cette fonction se fasse sereinement, sans que la coopérative ne pâtisse de changements brutaux, comme cela a pu être le cas par le passé.

D’autres encore se mobilisent pour mettre à jour et améliorer le Wiki interne à la coopérative, pour développer l’approche « perma-entreprise » ou encore pour informer toujours mieux les entrepreneur·es des initiatives internes via une newsletter et un magazine vidéo.

Coline et Julie

Arrivées dans la structure en 2022, Coline Mayné et Julie Sérouart sont déjà contributrices et forces de propositions au sein de différents cercles et « bulles » ! Journée Optéos du 17 mars 2022 au Moulin de Wazemmes, Lille.

En octobre 2021, l’obtention de la certification Qualiopi, qui permet aux client·es des formations portées par Optéos de mobiliser des fonds mutualisés pour les financier, est obtenue haut la main suite au long travail collectif des membres du Cercle dédié. La dynamique « formation » continue plus que jamais en 2022 avec la mise en place récente d’un café d’échanges entre pairs et d’un parcours composé d’ateliers internes pour les formateur·trices. Pour faciliter le travail de formalisme des formateur·trices, la CAE investit également dans Opaga, un logiciel libre de gestion de la formation professionnelle.

Du côté du dispositif KPA-Cité, une excellente nouvelle arrive également fin 2021 ! Après des années de co-financements épars qu’il fallait renouveler tant bien que mal chaque année, un consortium réalisé autour du dispositif et porté par Optéos obtient un financement conséquent et pluri-annuel de l’Etat. Il s’agit du dispositif « 100% Inclusion » qui soutient les projets innovants destinés aux personnes éloignées de l’emploi dans les quartiers politique de la ville (QPV).

Alors qu’Optéos porte administrativement plus de 50 contrats CAPE pour les personnes inscrites dans les différentes émanation locales du dispositif, Kelly Debuf, anciennement collaboratrice à Moulins Coop, rejoint l’équipe d’Optéos en mars 2022 en tant que « coordinatrice du suivi administratif et comptable des KPA-Cités ».

Et demain ? Une démarche de progrès continu… qui continue !

Bien sûr, malgré toutes ces réussites, rien n’est jamais simple dans la vie d’un collectif : la coopérative continue de chercher des solutions pour favoriser un relationnel de qualité, pour répartir les charges de travail plus harmonieusement, pour améliorer la gestion des conflits, par exemple via de la médiation ou des pratiques restauratives. En un mot, pour « prendre soin de l’humain », comme aime à  le formuler Baptiste Ozeel des Cercles Accompagnement et Vie Coopérative.

Un travail est actuellement en cours sur « les irritants » et les implicites existant dans la coopérative et soulevés collectivement au cours de la journée mensuelle du mois de mars comme pouvant nuire au bien-être professionnel des entrepreneur·es. Comme le rappelle Simon  Sarazin : « il faut éviter de trop idéaliser la coop : ça reste un outil qui va encore vivre des turbulences. Il y a beaucoup – mais vraiment beaucoup – à faire encore ! ».  En effet, si bien du chemin a été parcouru, de nouvelles propositions doivent – et von t- continuer d’émerger afin de garantir pleinement et pour tous·tes les membres, le « cadre économique et social sécurisant » promis par la raison d’être d’Optéos.

Repas entre collègues

Aux journées Optéos, on réfléchit beaucoup mais on n’oublie pas la convivialité autour d’un repas partagé ! Journée Optéos du 17 mars 2022 au Moulin de Wazemmes, Lille.

Malgré sa relative jeunesse, la CAE Optéos a donc déjà une riche histoire faite de résilience, de renouveau et d’expérimentations audacieuses. À chaque étape, c’est bien l’implication et le renouvellement des entrepreneur·es et le renfort de l’équipe support qui ont permis, tant bien que mal, de faire perdurer le vent d’optimisme qui caractérise la CAE et en fait un laboratoire des Possibles.

Vers où le vent nous portera-t-il demain ? L’histoire est en cours, avec des temps forts qui arrivent très prochainement : journée de la contribution en mai, pré-AG avec élection sans candidat au mois de juin, poursuite du débat interne sur la croissance de la coopérative, déménagement prochain des bureaux au deuxième étage du café participatif le Chiquito à Bois blanc… Certes, nous naviguons à vue, mais une chose est sûre pour cette CAE plus que vivante : l’aventure collective continue !

Pour aller plus loin :

Photos : Foulques Delbar (sauf mention contraire).

Remerciements : Martine Hamille, Christian Dupuy, Simon Sarazin, Nathalie Grassart, Julie Sérouart, Laurène Cabaret, Baptiste Ozeel, Séverine Romanowski, Laurent Chedanne, Christèle Rosinet et le Cercle Com’ d’Optéos pour les échanges et/ou les corrections.

Entreprendre avec les communs

Optéos propose un accompagnement spécifique pour les entrepreneurs qui développent des activités économiques autour des “communs” (plateformes coopératives, connaissance partagée, logiciel et matériel libre et open-source, makers, tiers-lieux, etc.). + En savoir plus

Un article proposé par :

<h4><a href="https://www.opteos.fr/author/couree-des-possibles/" target="_self">Magali Nayrac</a></h4>

Magali Nayrac

Entrepreneure au sein d'Optéos depuis 2021 et co-fondatrice de l'atelier de communication "La Courée des Possibles". Rédaction, réalisation de podcasts, conseil et création de contenus, accompagnement, ateliers participatifs et formation.
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► Site Web : La Courée des Possibles

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